Cette semaine, j’animais un atelier sur les conversations courageuses. J’ai demandé aux participants de nommer une conversation qu’ils anticipaient dans les prochaines semaines, avec leur équipe ou avec leur patron. Deux questions sont revenues, dans un camp comme dans l’autre.
- Où est-ce que mon gestionnaire me voit dans l’organisation ?
- Comment est-ce que je prépare mes employés aux métiers qu’ils exerceront demain ?
L’automatisation et l’intelligence artificielle vont changer la teneur de nos métiers. Pour plusieurs, il y aura des deuils à faire avant de pouvoir se réinventer.
Une sagesse japonaise peut aider à traverser ça : l’Ikigai. Elle travaille quatre sphères.
- Ce que l’on aime faire.
- Ce pour quoi on est doué.
- Ce dont le monde a besoin.
- Ce pour quoi on est payé.
La raison d’être se trouve à la jonction des quatre.
L’Ikigai est utile ici parce qu’il sépare deux choses qu’on confond souvent : notre métier et notre raison d’être. Beaucoup de leaders et d’employés ont bâti leur identité professionnelle sur ce en quoi ils excellent. Un savoir-faire. Une expertise. Une rapidité. Quand la machine fait mieux ce qu’on faisait bien, c’est ce cercle-là qui vacille. Et souvent toute l’identité avec.
Pourtant les trois autres sphères ne bougent pas.
Ce qui nous anime reste bien vivant. Les besoins de l’organisation et des clients évoluent dans la forme, rarement dans la nature. Et ce pour quoi on nous rémunère se déplace vers ce que la machine ne fait pas : réinventer des façons de faire, relier, décider dans l’incertain, porter une conversation difficile.
Le travail consiste donc à revenir à sa raison d’être avant de redéfinir son poste. Pas l’inverse.
C’est inconfortable. Ça oblige à nommer ce qu’on veut vraiment plutôt qu’à attendre la nouvelle description de tâches. Mais c’est ce qui permet d’être acteur de l’évolution de son rôle au lieu de la subir.
Et la question ne se pose pas qu’au niveau de chaque personne. Elle se pose aussi au niveau de l’organisation. Parce qu’une entreprise aussi peut avoir perdu son Ikigai en cours de transformation.
Il faut du courage pour dire à voix haute que l’entreprise ou le métier qui nous ont tant portés n’existeront plus sous la forme actuelle. Et c’est souvent de ce deuil-là que naît un monde des possibles que l’on peut imaginer ensemble !













